504 Break : SKOW reprend la route de Tonton du Bled
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504 Break : SKOW reprend la route de Tonton du Bled

SKOW n'a que 5 ans quand Rim'K et 113 empochent deux Victoires de la musique en 2000, groupe de rap désigné révélation de l'année - une première pour le genre. Vingt-cinq ans plus tard, le rappeur originaire de Planoise, à Besançon, rend hommage à ce moment fondateur avec 504 Break, premier single de sa nouvelle signature au 92i et lauréat du Buzz Booster 2019. Le clip échantillonne l'intro de Tonton du Bled, référence posée dès les premières secondes - même si, une fois passée l'intro, les deux titres empruntent des sonorités bien différentes. Qu'est-ce qui a vraiment changé en un quart de siècle ?

Africain comme le futur, pour m'endormir j'recompte les points de suture
504 Break

Écrire pour tuer l'ennui

Avant le 92i, il y a Planoise. C'est dans ce quartier de Besançon que SKOW commence à écrire, moins par vocation précoce que pour échapper à l'ennui - peut-être la même mécanique qui a poussé Rim'K à poser les mots de Tonton du Bled. Avec ses potes, la règle était simple : "Viens on va parler de racisme", un point d'honneur mis tôt à ne pas détourner le regard des sujets qui les touchent vraiment. Ce sont les grands du quartier qui l'orientent ensuite vers ses influences - Lunatic, Alpha 5.20, la Fonky Family, Salif - le canon du rap français qui l'a fait grandir avant qu'il ne cherche sa propre voix.

Rap street et innovation, une équation à part

Une fois les classiques absorbés, SKOW passe des années à regarder ailleurs, du côté d'une scène américaine qui lui semble oser davantage, quand la France a longtemps répété les mêmes formules sans trop prendre de risques. C'est cette double culture - rap street d'un côté, envie de bousculer les codes de l'autre - que met en avant le 92i en le signant : une alliance que beaucoup d'artistes évitent encore, coincés entre la peur de paraître fou, l'attachement à des valeurs immuables, ou un simple manque d'ouverture.

Reste une question que l'innovation pose toujours : que devient le texte quand la forme prend le dessus ? Beaucoup d'artistes qui s'aventurent vers de nouveaux sons délaissent justement l'écriture au profit de la proposition artistique. Chez SKOW, le fond résiste. Sa devise, "le futur comme l'Afrique", laisse deviner un rappeur qui n'a pas fini de prendre position - simplement avec une plume devenue plus subtile, comme il le reconnaît lui-même. Le clip assume cette tension : certains détails, plus authentiques, côtoient des éléments plus lisses, comme si une part de vérité s'était diluée au contact de l'industrie, sans pour autant faire taire l'artiste.

DJ Mehdi, SOTTO, et le pari du 92i

Innover n'est pas une obligation. Mais bien maîtrisée, l'innovation peut rapporter gros - DJ Mehdi, figure centrale de Tonton du Bled, en reste l'exemple parfait : toujours un temps d'avance, réclamé par les artistes, il s'est imposé comme l'un des DJ français les plus reconnus à l'international. C'est cette même prise de risque que l'on retrouve chez SKOW, et dans le pari que fait le 92i en le signant - d'autant que derrière lui se tient aussi son propre DJ, SOTTO, compositeur de la majorité de ses titres.

Reste à savoir si le duo saura convaincre comme ses illustres prédécesseurs. Le chemin vers les Victoires de la musique est encore long, surtout dans une scène saturée où l'innovation elle-même est devenue une course permanente. On attend de voir ce que SKOW apportera à sa nouvelle écurie.

Sources : Hiphop Corner, Daviba Mag.